MÁtÉ DOBOKAY • ETUDES SUR l’ÉPUISEMENT


VERNISSAGE JEUDI 8 OCTOBRE 2026 (18-21H)
EXPOSITION DU 8 OCTOBRE AU 14 NOVEMBRE 2026

Nous sommes particulièrement heureux de présenter « Études sur l’épuisement », deuxième exposition personnelle à la galerie de l’artiste hongrois Máté Dobokay. Conçue dans le prolongement de son œuvre majeure « Development till Exhaustion », l’exposition poursuit les recherches de l’artiste sur les limites matérielles de la photographie analogique : le moment où le médium cesse de fonctionner, où les processus chimiques s’épuisent, où le support photographique se désagrège avant de se recomposer sous une forme nouvelle.

Depuis les origines de la photographie, le temps constitue l’une des dimensions fondamentales du médium. La couche photosensible enregistre et condense une durée. Máté Dobokay étend ce principe d’enregistrement pour en faire un véritable processus : plutôt que de produire une image unique, il donne à voir une succession de transformations graduelles et interdépendantes. Dans cette exposition, l’épuisement n’est ainsi pas seulement envisagé comme un phénomène technique ou comme la disparition progressive d’une capacité. Il devient une composante essentielle du fonctionnement même du médium, de la formation de l’image et du processus artistique. En poussant méthodiquement les matériaux et procédés photographiques jusqu’à leurs limites, Máté Dobokay en révèle à la fois les mécanismes et la fragilité.

L’exposition s’articule autour de trois ensembles d’œuvres explorant différentes formes de répétition, d’épuisement et de transformation de la matière.

Avec « Development till Exhaustion », dont le titre fait écho à la série « Printing till Exhaustion of the Drypoint » de Dóra Maurer, Máté Dobokay étudie, par la répétition, l’affaiblissement et la transformation progressive de la matière. Des feuilles de papier photographique exposées de manière identique sont successivement dans un même bain chimique, jusqu’à ce que le révélateur, progressivement épuisé, ne puisse plus réagir avec la couche photosensible. Les tirages ainsi obtenus composent un dégradé allant du noir au blanc : une empreinte temporelle de l’épuisement progressif de la chimie.

« Fixation till Exhaustion » constitue le pendant de cette œuvre en rendant visible l’autre extrémité du processus photographique. Cette fois, ce n’est plus le révélateur mais le fixateur qui est conduit jusqu’à épuisement, jusqu’au moment où la stabilisation de l’image n’est plus possible. L’œuvre matérialise ainsi une autre frontière du médium et donne à voir la fatigue progressive de l’agent chargé précisément d’en assurer la permanence.

Enfin, « Parts of Matter » déplace cette recherche vers la matérialité même du papier photographique. Des matériaux issus d’expérimentations antérieures (bandes-tests, agrandissements ratés, papiers photographiques utilisés et autres rebuts) sont réduits en pâte puis transformés artisanalement en nouvelles feuilles. Au cours de ce processus, couche photosensible et support se désagrègent entièrement avant de se recomposer dans une nouvelle structure. À mesure que l’opération se répète, les feuilles deviennent plus fines, se perforent puis finissent par se désintégrer. Du gris granuleux au blanc presque uniforme, elles forment à leur tour un dégradé dans lequel l’épuisement devient constitutif de l’œuvre.

À travers ces trois ensembles, Máté Dobokay interroge les limites du médium photographique, l’épuisement des processus chimiques, la structure matérielle de l’image et le paradoxe d’une répétition qui ne peut jamais produire deux fois exactement le même résultat. La photographie n’est plus seulement envisagée comme un moyen de produire ou de reproduire une image : elle devient un système physique dont l’artiste expose les transformations, les résidus et les seuils de disparition.

Dans cette quête visant à sonder la photographie au plus profond de sa matérialité, l’épuisement n’est plus envisagé comme une disparition, mais comme une forme en soi. L’œuvre devient alors l’empreinte même des processus qui animent le médium et, inexorablement, le conduisent à ses limites.