DIOGO PIMENTÃO • PRÉSENCE
VERNISSAGE JEUDI 16 AVRIL 2026 (18-21H)
EXPOSITION DU 16 AVRIL AU 23 MAI 2026
À première vue, le dessin semble appartenir aux gestes les plus intimes : une ligne tracée sur le papier, une marque surgissant dans le silence, plus proche de l’écriture que de toute entreprise extérieure ou physique. Pourtant, dans le travail de Diogo Pimentão, le dessin dépasse cette condition. Il se déploie dans l’espace, engage le corps et investit l’architecture qui l’entoure. Pour sa première exposition personnelle à la galerie Bigaignon, intitulée « Présence », Diogo Pimentão nous invite à considérer le dessin non seulement comme un objet à voir, mais comme quelque chose qui agit, résonne et prend forme.
Ayant grandi sur la côte portugaise, Pimentão a développé très tôt une sensibilité aux forces naturelles et aux transformations de la matière. Sa pratique en porte la trace : le graphite n’est pas seulement un outil, mais une substance, accumulée, déplacée et reconfigurée par des gestes répétés. Ces gestes, parfois maîtrisés, parfois abandonnés au hasard, laissent sur le papier des dépôts denses, construisant des surfaces qui semblent acquérir poids et volume. Ce qui paraît métallique n’est pas une illusion intentionnelle ; c’est le résultat d’une insistance matérielle. Comme le sable qui s’accumule pour former une dune, le graphite révèle sa capacité de transformation par accumulation.
Daltonien, l’artiste appréhende le monde à travers des variations de tons, de textures et de dégradés. Ses œuvres reflètent cette réalité perceptive : elles résistent aux catégories fixes et proposent au contraire un passage continu entre différents états (entre surface et volume, dessin et sculpture, fragilité et solidité). Notre rencontre avec son travail relève moins de la représentation que de la présence, ancrée dans le tactile et le perceptif. Bien qu’ancrée dans le dessin, la pratique de Pimentão en éprouve sans cesse les limites. Le papier et le graphite, matériaux modestes et familiers, sont soumis à des processus à la fois rigoureux et ouverts. Répétition, actions procédurales, et même cécité deviennent des stratégies génératives, permettant à l’œuvre d’émerger dans un dialogue entre intention et imprévisibilité. La ligne devient structure ; la trace devient forme.
Cette approche fait écho à l’héritage de la sculpture minimaliste par son attention à la matière et à la forme. Mais là où le minimalisme affirme souvent une certaine clarté (comme dans le « what you see is what you see » de Frank Stella), Pimentão introduit une ambiguïté productive. Ses œuvres paraissent d’une simplicité trompeuse, alors qu’elles sont le fruit de processus longs et exigeants. Des feuilles de papier, densément travaillées au graphite, prennent un aspect métallique avant d’être pliées, superposées et assemblées en structures évoquant l’acier ou le fer. Ces formes dialoguent fréquemment avec l’espace d’exposition, modifiant la perception de l’échelle, de la profondeur et du poids.
Dans l’exposition, le dessin s’active à travers le mouvement, la tension et l’interaction spatiale. Dans certaines œuvres, le graphite est mis en mouvement sans le contact direct de la main, projeté sur la surface par des gestes vigoureux, presque chorégraphiques. Ailleurs, des structures pliées se dressent verticalement, évoquant à la fois des éléments architecturaux et une présence humaine. La ligne déborde de la page, devenant une entité physique qui habite et redéfinit l’espace.
La relation entre les matériaux est elle aussi constamment réinterrogée. Les attentes (le papier comme fragile, le ciment comme solide) sont déstabilisées. L’équilibre, la pression et la forme révèlent des forces et des vulnérabilités inattendues, suggérant que la matière elle-même participe à une forme de chorégraphie. Plier, courber, nouer : ces gestes empruntent autant aux savoirs domestiques qu’au comportement propre des matériaux, produisant des formes qui tiennent, relient et se transforment. Le son, le rythme et le résidu jouent également un rôle. Les restes de dessins antérieurs sont réactivés, leurs traces réorganisées en de nouveaux motifs qui laissent entrevoir une musicalité latente. Les œuvres portent en elles la mémoire de leur fabrication, comme si chaque marque était à la fois trace et prolongement.
La pratique de Diogo Pimentão propose ainsi un champ élargi du dessin. Elle invite le spectateur à se déplacer, à observer attentivement et à reconsidérer la nature de ce qu’il perçoit. Ce qui semble solide peut être fragile ; ce qui paraît simple peut être complexe ; ce qui se donne comme surface peut en réalité être volume. La présence de l’œuvre ne se déploie pleinement qu’à travers la nôtre.
Diogo Pimentão (Lisbonne, 1973) vit et travaille à Londres. Son travail est présent dans d’importantes collections institutionnelles, dont le Centre Georges Pompidou à Paris, la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne, la Fondation de Serralves à Porto et le Museum of Old and New Art en Australie, entre autres. Ses expositions ont été présentées à l’international, témoignant d’une pratique qui continue de questionner et de redéfinir les possibilités du dessin.
