YANNIG HEDEL - GENEVIÈVE ASSE FRAGMENTS D’INFINI


VERNISSAGE JEUDI 12 MARS 2026 (18-21H)
EXPOSITION DU 12 MARS AU 11 AVRIL 2026

Nous sommes particulièrement heureux de présenter, pour la toute première fois, un dialogue inédit entre les œuvres rigoureuses de deux figures majeures de l’art français : le photographe Yannig Hedel (né en 1948) et la peintre Geneviève Asse (1923–2021). Cette exposition historique, intitulée “Fragments d’infini”, sous le commissariat de Thierry Bigaignon et Eléonore Chatin, met en regard différents médiums — la photographie et la peinture bien sûr, mais aussi la gravure et le dessin — envisagés comme des moyens d’expression naturels d’une vision artistique à la fois claire, rigoureuse et profondément cohérente. L’exposition est présentée en collaboration avec la Galerie Catherine Putman, et avec la précieuse contribution de la Galerie Claude Bernard.

Stimulant dialogue que celui qui se joue entre les tirages du photographe Yannig Hedel et les estampes de la peintre et graveuse Geneviève Asse ! Telles des « fragments d’infini », les œuvres sans concession des deux artistes se répondent subtilement, dévoilant les secrètes affinités qui sous-tendent leurs recherches et leurs questionnements.

L’architecture et la lumière sont au cœur de leur démarche. Chez Yannig Hedel, le sens de la composition morcèle l’espace de manière à proposer des bribes d’éléments – ciels, murs… - et désoriente le spectateur dont le regard navigue entre macrocosme et microcosme. Souvent chez le photographe, le liseré de lumière ou d’ombre est ce qui permet de distinguer le plein de l’architecture du vide de l’espace céleste et de nous donner les clés de la composition. Il est tantôt brisure quand il fend l’illusion du visible, tantôt jointure qui relie symboliquement l’homme à l’éther, arrêtant notre regard sur la course d’un nuage ou l’envol d’une hirondelle.

Geneviève Asse, qui disait « qu’un seul trait donne un sens, crée toutes les intensités de la lumière et de l’ombre », n’a cessé de peindre et de graver, avec une prodigieuse économie de moyens, l’espace et les vibrations de la lumière. Fenêtre espace (1974), Lumière verticale (1977), Ouverture VIII (1980), Aquatinte lumière (1999-2000) : la sobriété des titres de ses estampes témoignent de cette quête. Sur quelques gravures, parfois, se laisse imperceptiblement deviner une forme - les lames d’un éventail, les vantaux d’une fenêtre, une ligne d’horizon - sorte de points d’ancrage dans une œuvre où l’abstraction n’est jamais un renoncement au réel, mais une manière d’en saisir l’essence.

Chez Asse comme chez Hedel, le subtil équilibre entre la différence et la répétition du motif au sein de l’œuvre donne lieu à une forme de méditation visuelle.

Geneviève Asse, depuis le déploiement progressif dans les années 1950 d’un vocabulaire abstrait, construit son œuvre à partir de formes simples et répétées, généralement géométriques, où domine une verticalité jamais imposante, rythmée par une respiration : ce trait de lumière qui vient scinder l’image, l’ouvrir sur l’infini. Si elle a peu travaillé la série proprement dite (sauf peut-être dans ses carnets peints à l’huile), l’artiste a composé de nombreux diptyques, jouant de la tension qui naît des confrontations entre aplats de couleur et traits en noir sur blanc, jouant également des reliefs créés par la juxtaposition des plaques d’impression.

Chez Hedel, si l’image fracture au moment de la prise de vue, elle se révèle aussi « monade », unité minimale reflet d’un tout qui se déploie dans la musicalité d’une série. La photographie devient processuelle, tendue entre le temps et l’espace : dans les diptyques ou dans la série Montessuy-Eté, les variations de lumière modulent le phrasé de l’image comme des notes sur une partition.

Les œuvres des deux artistes se rencontrent enfin sur la question du monochrome. Si Hedel pratique le noir et blanc, il convient de souligner que c’est bien le gris qui est sa couleur. Ces gammes de demi-tons adoucissant les formes s’avèrent la matière même de l’image, son liant. A ce titre, le gris est métamorphe : poudré il évoque le fusain, délicatement estompé le crayon, fondu l’aquarelle.

Depuis les années 1970, la couleur bleue prédomine dans la peinture de Asse, au point d’être présentée comme une des caractéristiques de son travail. Ce bleu très personnel, « qui mélange des gris et d’autres bleus » expliquait-elle, a été baptisé le bleu Asse. Parce qu’il « se transforme, lui aussi » poursuivait l’artiste, il n’enferme pas, apportant au contraire une formidable dynamique à ses rigoureuses compositions. « Je voyage avec mes bleus, où je retrouve la transparence. Il y a des bleus cristallins, nacrés, et des bleus pour le bleu : outremer, cobalt. Ce sont des gammes que je manie avec joie. Je ne fais qu’un avec cette couleur ».

Texte de Héloïse Conésa et Cécile Pocheau-Lesteven
(Conservatrices à la Bibliothèque national de France - BnF)